Portrait de janvier 2015

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CATHERINE
VERSAILLES, France / 41 ans

Racontez-nous comment vous avez appris que vous étiez atteinte d’un cancer ?

Ma gynécologue obstétricienne m’a annoncé que j’étais malade d’un « petit cancer » le jour des 1 an de ma deuxième fille.
J’occupais un poste de cadre dans une grande entreprise internationale, en charge de la Communication, à mon retour de congé de maternité j’avais pris ce poste qui était une belle évolution dans ma carrière. Passer dans cette nouvelle filiale du grand groupe pour lequel je travaillais depuis plus de 10 ans me permettait de continuer à vivre ma passion de l’international, tout en prenant de nouvelles responsabilités. Passionnée par les voyages, j’ai eu la chance de me déplacer dans de nombreux pays grâce à mon travail. Malheureusement je me suis vite laissé envahir par la pression de ce nouveau poste, et me suis sentie impuissante face au stress et à la mauvaise ambiance de travail qui régnait. Des premières douleurs sont apparues, un mal de dos, et pour finir l’annonce de la maladie au bout de 6 mois à mon poste. L’annonce, paradoxalement, fut presque un soulagement tant je voulais que cette situation s’arrête.
Bien sûr l’annonce de la maladie à 38 ans a été un très grand choc. Après 3 premières semaines d’abbattement, et grace au soutien sans faille de mon mari de mes amis et de toute ma famille je me suis lancée dans les traitements en veillant toujours à garder une bonne dose d’humour. Etre maman de deux petites filles de 4 et 1 an m’a aidée à être ce que j’étais: une jeune maman, et non pas juste une malade. La réaction de mes collègues: beaucoup d’appels de « collègues-amis » que je connaissais depuis longtemps. Très peu de contact avec ma nouvelle équipe qui m’a pas osé rentrer dans ma sphère privée.
L’accompagnement
Comment avez-vous connu l’accompagnement proposé par le Vent Bleu ? Qu’est ce que cet accompagnement et cette écoute vous a apporté ? Qu’est ce qui a changé dans votre vie depuis ?  

Durant l’année de mon arrêt de travail, j’ai fait des rencontres merveilleuses. Parmi elles des femmes en traitement et aussi des bénévoles de la Maison des Patients à Saint Cloud. Lorsque Monique, la responsable de Géraldine Deblaye, m’a proposé de me joindre à un groupe « Retour au travail » animé par Géraldine je me suis lancée sans hésitation. Je savais que j’avais un vrai travail à faire pour me réconcilier avec cette ‘entreprise qui m’avait tant donné durant toutes ces années, mais qui avait aussi sans doute contribué à me rendre malade.
Le groupe de 6 femmes animé par Géraldine m’a donné l’espace que je n’avais pas dans mon entourage pour évoquer en toute transparence mes craintes quand à mon retour au bureau. En effet je me suis vite rendu compte que tout le monde voulait que je redevienne vite « comme avant », y compris concernant le travail. La question « mais tu n’as toujours pas repris? ça te fera du bien » me pesait et je me suis sentie à ce moment incomprise.
Notre groupe m’a permis de travailler sur mes nouvelles motivations, mes nouvelles priorités: être en harmonie avec mon corps et ne plus laisser le stress du travail m’abimer moralement et physiquement.
J’ai senti que cette prise de conscience était une force nouvelle. J’ai vécu la maladie comme une chance qui m’a été donnée de percevoir, peut-être plus tôt que d’autres, que la vie peut être courte et qu’au bout du compte les urgences de l’entreprise ne justifient jamais que l’on tombe malade pour elles.
Mon retour au travail en mi-temps thérapeutique s’est passé dans de très bonnes conditions. Mon responsable a eu l’humanité de comprendre que l’on ne se remet pas comme ça au travail après une telle aventure et il m’a donné le temps, m’a protégée de la pression des responsabilités pendant mes premiers mois. Je suis fière et heureuse d’avoir eu le courage de reprendre mon poste. Le travail avec le groupe de Géraldine m’avait énormément aidé à me préparer, en verbalisant mes attentes, et aussi en écoutant d’autres témoignages. Carine, Mélanie, Fawzia, Maryse et Agnès m’ont apporté des échanges d’une richesse inouïe. Ces femmes m’ont donné la force, et un lien unique s’est établi entre nous. Nous nous voyons encore régulièrement même si chacune a repris sa vie après les traitements et est à nouveau très occupée! Je m’estime très chanceuse d’avoir eu la possibilité de faire de si belles rencontres, et ce grâce à l’encadrement toujours bienveillant et positif de Géraldine.
Mon nouveau regard sur le monde ? La vie est belle, mais c’est à chacune de nous d’apprendre à se protéger de certains modes de vie et de travail qui nous font « tirer sur la corde » toujours plus au risque de nous mettre en danger. C’est une chose de le savoir, c’est une tout autre chose de le mettre en pratique au quotidien…mais j’y travaille!

Comment aider les malades au travail ?
Avant tout, les malades ne sont pas que des malades ! Ce sont des salariés comme les autres qui traversent une épreuve physique et morale. Le regard que l’on porte sur eux doit être bienveillant. L’empathie me semble la clé: qui peut dire qu’il/elle ne tombera pas malade? Je conseillerais à chacun d’être vrai et de ne pas se cacher de sa maladie. Je peux témoigner du fait que l’on peut avoir de très bonnes surprises et que la plupart des gens, au travail comme ailleurs, ne demandent qu’à soutenir la personne en traitement, puis à son retour. La plupart du temps il faut juste briser la glace, et c’est à la personne malade de le faire pour désamorcer la maladresse naturelle de ses collègues.

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